Le Fondateur

Wang Xiangzhai, est né le 29 octobre 1885, à Shenxian, dans la province de Hebei. Dans son enfance, Wang est de faible constitution et c’est pour cette raison qu’il commence, à l’âge de 7 ans, la pratique du Xing Yi Quan avec le célèbre Maître Guo Yunshen qui est ami de ses parents. Doué et persévérant, il acquiert après quelques années les clés de cet art. Guo insistait beaucoup dans son enseignement sur la pratique prolongée du travail postural (Zhan Zhuang).

A la mort de Guo, Wang Xiangzhai décide de rechercher les plus grands Maîtres de chaque style, pour perfectionner sa propre technique. Il considérait que la pratique des mouvements rapides, donc mal maîtrisés, l’exagération de l’importance de la force musculaire et le durcissement à outrance du corps, souvent dans un but démonstratif, caractérisaient la majorité des pratiquants. Il décide alors de revenir aux sources du Kung-Fu, au véritable travail interne.

En 1907, il quitte son village pour trouver du travail à Pékin. Il intègre d’abord l’armée en tant que commis de cuisine. Un jour, lors d’une altercation avec des soldats, un officier découvre ses qualités de combattant et lui offre une place de maître d’armes. (C’est avec la fille de cet officier que Wang se mariera plus tard et aura 3 enfants).

En 1918, Wang Xiangzhai quitte Pékin et voyage alors du Hubei au Fujian en passant par le Hunan, pendant plus de dix années. Durant ces années, il rencontre de nombreux experts de tous styles dont certains deviennent ses élèves. Mais il lui arrive d’être aussi vaincu, et dès lors il demande à son opposant de l’accepter comme élève pour améliorer encore sa technique.

Son voyage l’amène tout d’abord au monastère de Shaolin, dans la province du Henan. Il reste plusieurs mois à apprendre du moine Heng Lin expert de Xin Yi Men (système apparenté au Xing Yi quan). Par la suite il rencontre d’illustres maîtres tels que Fang Shi Zang (expert de Wuji Lao Shou), Liu Pei Xan (Maître de Tan tui), Fang Qiazhuang (expert de Grue blanche) avec qui il fraternise et qui lui présenta Jin Zhaofang (Grue blanche) avec qui il échangera beaucoup. Durant cette période, Wang s’attache à absorber l’essence de chaque école.

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Me Guo Yun Shen

(tenue blanche au centre)

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Me Wang Xiang Zhai

Mais c’est dans le Hunan que sa quête semble s’achever lorsqu’il rencontre Maître Xie Tie Fu. Cette rencontre est déterminante dans l’élaboration de son art. Xie était un maître célèbre considéré comme un excentrique qui avait d’abord pratiqué la boxe de Wu Dang, puis étudié de nombreuses écoles du sud comme le He Quan (boxe de la Grue) et était surtout lui aussi expert en Xin Yi Men. Wang Xiangzhai resta un an auprès de Xie Tie Fu.

 

Vers 1925, alors qu’il enseigne encore le Xing Yi Quan, Wang Xianzhai prend conscience que les élèves attachent trop d’importance à la forme et pas assez à l’aspect mental de la pratique. Il décide d’utiliser plus largement les exercices de zhan zhuang. Dès 1926, sa méthode prend le nom de Yi Quan pour mettre l’accent sur le « Yi » et abandonner l’élément « Xing » (forme). De retour à Pékin, il recrute ses premiers disciples dans sa famille. Puis il se rend à Tian Jin où il se lie d’amitié avec Zhan Zhaodong un boxeur adepte du Xing Yi et du Ba gua. Celui-ci présenta à Wang quelques-uns uns de ceux qui allaient devenir ses meilleurs élèves (Zhao Enqing, Zhang Entong et Zhao Fengyao).

En 1928, Wang se rend à Hangzhou avec son élève Zhao Enqing et le maître de xing yi quan de Tianjin, Zhang Zhankui en tant qu’arbitre pour le 3ème tournoi de combat libre de Chine et aussi pour présenter la méthode d’entraînement du Yi quan. Zhao Enqing (plus tard connu sous le nom de Zhao Daoxin) gagna le tournoi.

Wang fut alors invite à Shanghai, où il fonda la Yiquan Society. Après son combat avec le champion du monde de boxe hongrois, Inge (relaté plus tard dans le London times ), le Yi Quan gagna en notoriété. C’est à cette époque que nombre de ces élèves aujourd'hui célèbres le rejoinrent. Parmi eux, Han Xingqiao, Zhao Daoxin, Zhang Changxin et Gao Zhendong devinrent même célèbre à Shanghai comme «les 4 guerriers de diamant».

Wang écrivit son premier traité de Yi quan: La véritable voie du yiquan. A ce moment là, le Yi quan de Wang Xiangzhai est déjà assez différent de ce qu’enseignaient les autres maîtres de Xing Yi Quan. Wang, dans son travail utilise des principes répandus dans le Xing Yi Quan, mais beaucoup de ses idées sont encore basées sur des concepts traditionnels qu’il abandonnera dans les années suivantes. Durant son séjour à Shanghai, Wang rencontra Wu Yihui (maître de liuhebafa), qu’il décrivit comme l’un des 3 plus grands maîtres qu’il rencontra lors de ses voyages à travers toute la Chine (les deux autres étant Xie Tiefu et Fang Qiazhuang, mentionnés plus haut).

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Portrait de Me Wang Xiang Zhai

En 1935, Wang Xiangzhai déménage avec ses plus proches disciples pour revenir dans sa région d’origine. Là, ils se concentrent sur l’étude et l’entraînement des théories martiales. La plupart des méthodes d’entraînement actuellement utilisées en Yi Quan furent développées et perfectionnées à cette période. A l’automne 1937, Wang revient s’installer à Pékin et continue à améliorer son art. Il fait paraître durant l’été 1940, dans le journal Shi Bao, une annonce où il invite quiconque à venir se confronter à lui et découvrir le Yi Quan. Il choisit quatre disciples : Han Xingqiao, Hong Lianshun, Yao Zongxun et Zhou Ziyan et les forme spécialement pour les défis. C’est seulement après avoir vaincu l’un d’entre eux que le prétendant pouvait combattre Wang. Aucun adversaire n’a jamais réussi.

En 1940, un grand festival d’arts martiaux eut lieu à Tokyo dans lequel participaient aussi des équipes chinoises. Wang bien qu'invité refusa de s'y rendre. Mais durant le festival, les Chinois parlèrent tant de Wang Xiangzhai, que bientôt de nombreux Japonais vinrent à Pékin pour le rencontrer. Beaucoup voulurent devenir les élèves de Wang mais un seul fût accepté: ce fût Kenichi Sawai. De retour au japon il développa son propre mouvement selon son interprétation de l’enseignement de Wang : le Taï Ki Ken.

C’est à cette même époque que le nom de Da Cheng Quan apparut sur l’initiative de deux amis journalistes et élèves de Wang Xiangzhai. Voyant dans le Yi quan, un art supérieur, ils lui proposèrent de le renommer Da Cheng Quan. (« Da Cheng » = grande réussite, accomplissement, perfection). Cependant, il semble que Wang Xiangzhai trouva le terme  trop pompeux. Bien qu’il revint rapidement à la terminologie initiale de Yi Quan le nom « Da Cheng Quan » a subsisté et nous est parvenu aujourd’hui.

Par la suite, Wang n’enseigna plus personnellement qu’à ses anciens élèves, confiant l’enseignement pour les nouveaux venus à Yao Zongxun. A partir des années 40, Wang attache de plus en plus d’importance à l’enseignement du Yi Quan dans un cadre thérapeutique (yangsheng) laissant à son disciple Yao Zong Xun, le soin d’animer les entraînements destinés à former les combattants. Il prit donc personnellement en main l’enseignement du “groupe santé”. En 1947, ce groupe comptait une centaine de membres. L’efficacité thérapeutique et l’absence d’effets secondaires de ces exercices furent largement démontrés et la méthode est reconnue d’utilité publique aujourd’hui en Chine.

Avec le changement de régime en 1949, Wang se retire de l’enseignement martial. Dans les années qui suivirent, il se consacre quasi-exclusivement à l’aspect santé. Le “groupe santé” déménage au Parc Sun Yatsen. Yu Yongnian présente aux autorités un rapport sur les valeurs thérapeutiques des exercices de Zhan Zhuang, ce qui a pour effet d’introduire cette méthode dans de nombreux hôpitaux à travers la Chine. En 1958, Wang est nommé à l’Institut de Recherche en Médecine chinoise de Pékin. En 1961, il va à l’hôpital de Médecine chinoise de Baoding, dans la province de Hebei. Il renvoie alors le “groupe santé” vers Yao Zongxun. Wang meurt le 12 juillet 1963 à Tianjin.

Le successeur

Yao Zongxun est né à Hangzhou dans la province de Zhejiang en 1917 mais a passé son enfance à Pékin. Il étudia la littérature à l’université de Pékin dont il est diplômé et vécu toute sa vie dans la région.
Très jeune, il est attiré par les activités sportives occidentales et les arts martiaux chinois. A 16 ans, il entre dans l'école de Me Hong Lianshun, un célèbre professeur de boxe de Pékin, pour apprendre le Tantui et le Xingyiquan et devient rapidement son disciple.
C’est à l’automne 1937, alors que Wang Xianzhai est revenu à Pékin que Me Hong Lianshun, vint le défier. Ce dernier fût vaincu et lui, ainsi que ses disciples, dont Yao Zongxun, devinrent élèves de Wang. Grâce à une pratique assidue et une étude approfondie des principes de la boxe, il ne fallut que 3 ans à Yao Zongxun pour devenir un des meilleurs élèves de Me Wang.

En 1940, Me Wang, le nomme successeur et lui donne le surnom de Ji Xiang (le successeur de Xiang). Dès lors, Yao Zongxun remplace Wang quand celui-ci est absent, relève les défis à sa place et enseigne.

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Me Yao Zong Xun

Entre 1940 et 1948, Yao Zongxun remportera plus de 80 défis contre de célèbres pratiquants de tout style, Chinois ou étranger. L’un des plus médiatisés et qui faillit mal se terminer fut celui qui l’opposa à Wu Peiqing un célèbre pratiquant Xingyiquan. Citons encore son combat contre Watanabe, un expert en boxe et en Tae Kwon Do qui dira de lui « même un maître 8 ou 9ème dan de kendo ne peut me vaincre d’une manière aussi nette et impeccable». Ses combats lui apportèrent une réelle renommée dans la capitale ainsi que le titre de Jeune Maître.
Dans ses échanges avec d’autres pratiquants Me Yao avait toujours une attitude polie et modeste. Il était calme et faisait preuve de retenue en combat tant et si bien qu’il s’attirait l’admiration et le respect de ses visiteurs. De nombreux maîtres d’art martiaux devinrent amis avec Me Yao après avoir échangé avec lui. Droit et honnête, il détestait toute attitude malveillante. Au milieu des années 40, il fut souvent engagé dans des conflits avec un gang local pour défendre les gens et leurs biens. On parla beaucoup à l’époque de comment il dirigea le mouvement qui punit sévèrement Gao Yanwang et son gang des “36 amis” qui sévissait à Pékin.

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Durant la période de la révolution culturelle, Yao Zongxun et sa famille sont envoyés pour travailler à la campagne, près de Changping, au Nord de Pékin. Durant cette période extrêmement peu favorable, il continua à s’entraîner et à enseigner à ses fils, Yao Chengguang and Yao Chengrong.
A la fin des années 70, Yao revient à Pékin et commence à diffuser son enseignement du Yi quan dans de meilleures conditions. Ainsi, le 21 octobre 1984, Yao Zongxun crée-t-il l’Institut de Yi Quan de Pékin avec le soutien du Comité des Sports de Pékin et de la Wushu Society.
Maître Yao Zongxun est mort en 1985, laissant la succession à ses fils..

Yao Zongxun était un expert à l’esprit ouvert. Il s’intéressait aux sciences ainsi qu’aux techniques d’autres écoles. Aussi, a-t-il toujours pris le meilleur de chaque style pour l’inclure dans la pratique du Yi Quan. Il disait à ses élèves: “Apprenez le Yi Quan ; si vous possédez d’autres techniques valables, gardez-les, mais appliquez-les à travers les principes du Yi Quan”. Il a ainsi enseigné à ses élèves la totalité de son savoir sans mysticisme ni superstition.